富春江与塞纳河 – Scenes de la riviere Fuchun – Francais

  
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“你姓赵吗?”我问。她二十岁出头的样子,一张白净的瓜子脸,上面有几粒淡淡的雀斑。

她笑了,她真聪明,立刻明白我的玩笑之语。我们站在这个安静的院落里。正是夏日的午后,整个小城都在昏睡,空气潮湿而慵懒。院落还有那座二层木制的 小楼,曾是郁达夫的故居。它也是富阳县城仅存的几座老房子。在九十年代末的城市改造浪潮里,灰砖、吊梁、天井、窄巷的旧痕迹被铲平了,取而代之的水泥、马 塞克、蓝色有机玻璃的楼房与马路。这刻意保存下的故居,也不是往日的模样,它修缮一新,漆色浓酽,它也是游人必经之地。

房间里悬挂了郁达夫的画像,他与兄弟们的合影,玻璃橱窗里陈列着他各种版本的书籍,与鲁迅的通信,他临死前的照片,苍老、颓废,唇上是浓密的胡须。 我还意外发现一张烈士证书,由民政部在一九八三年颁发——“郁达夫同志在抗日战争中壮烈牺牲,经批准为革命烈士,特发此证,以兹褒扬”。

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郁达夫成为了一名同志吗?我知道他死于日本的枪下,那真是令人悲痛、惋惜的一刻。他从中国逃离到吉隆坡、新加坡,在苏门达腊落脚,最终却未逃劫难,东京早在一个月前宣布了投降。

他的死亡,即使加上三十年代的左联经历,他就可以被称作“同志”了吗?在我心中,他永远是那个感伤、浓烈、放纵、焦虑的浪荡子,酒气、精液、热血混杂一处。他沉浸在个人的希望与幻灭中,哪有兴致加入了一致的、集体的、分不出个人面貌的同志大合唱。

我还记得多年前读到《沉沦》的感受。它曾让我激动难耐,那里面有形态、色彩、味道,难以言传的诱惑。是不是我们都曾瘦弱矮小,都会羞涩无言,因为对 现实倍感无力,所以要在想象力与语言中自我放纵。女人的肉体与深情,是自我发现的最重要的途径。我没有到过冬夜的日本,却能想象一个中国留学生的落魄、哀 伤与愤怒,他满口酒气、涨红着脸,冲进妓馆,难言的兴奋与悔恨。我记得他对女人常用的形容——“高壮肥白的美妇”。

不过,在钟爱上“高壮肥白的美妇”前,他的情窦是由一位纤弱的少女打开的。那是晚清崩溃前的富阳城。十四岁的郁达夫还前额剃光、脑后留着辫子,不 过,他读的已是新式学堂。科举制度永久废除了,四书五经更丧失了魅力,洋学堂取代了私塾。而穿着黑斜纹布制服的学堂生,则变成了众人瞩目的中心。古老的中 国正进行着激烈的新陈代谢,她要抛掉旧时代,拥抱新世界,重新发现自己的身份。

在洋学堂里,郁达夫和同学们操着江南口音说英语,想知道有没有外国的《三字经》和《百家姓》,他们也开始谈论异性。县城里三位美丽、时髦的少女,让 所有的男孩子痴迷,她们家境富有,穿梭在县城与上海之间,带来了新世界的时髦,是新女性的象征。郁达夫致命地迷上了其中的赵家小姐,她“皮色实在细白不 过,脸型是瓜子脸”,性格开朗可人,拖一条长长的辫子。

两年里,她令郁达夫着迷不已,只要一想起她都不免头昏眼热。他为羞涩、自卑所困,这压抑了也催生了更多欲望。

直到学堂结业,要前往杭州求学前,少年人才有机会抒发自己。一个冬日的夜晚,接着送别会上的酒劲,他又来到赵家,只她一人,在一盏洋灯前练字。他走 到她身后,吹灭了灯。“月光如潮水似地浸满了这一座朝南向的大厅,她于一声高叫之后,马上就把头朝了转来”,将近三十年后,郁达夫写道,“我在月光里看了 他那张大理石似的嫩脸,和黑水晶似的眼睛,觉得怎样也熬不住了,顺势就伸出了两只手去,捏住了她的手臂。”两个人就在月光下,一言不发,看看彼此,看看月 亮,直到她的母亲归来,方打破这奇特、深沉而陶醉的感觉。

自从中学时读到这篇《水样的春愁》的回忆,赵家小姐就留在我心里。如今,我到了郁达夫的故居,看到了他写了又写的富春江,只要沿江走上五分钟,就到了当年的新学堂旧址,它已改成了一所小学。赵家小姐的大厅在哪里,赵小姐魂归了何方?

可惜院落里的瓜子脸姑娘不姓赵,大学毕业后,她分配到文化局,郁达夫故居是她的工作范围。不过,她熟悉这段往事。“应该在不远的地方吧,可惜老房子都拆了”,她说话时也带着微笑。可惜。我不知道她的故事,她被谁等待。

“噢,郁达夫,我知道。” 在夜晚的恩波桥旁,算命师傅认真地说。

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他穿中式的对襟褂,脸颊凹陷,鼻梁上架一副金边眼镜,眼睛小而窄。语速奇快,成串涌出的富阳话,让我似懂非洞。我们围坐在矮凳前,我的左手摊在他的 眼前,他用扇子指着掌心的纹路,提醒我“命犯桃花”,明年冲太岁,务必不能向东行……我将信将疑,却也不知道怎么确认,或是反驳。

他说这算命的手艺是外公传来的,他已练习了二十年,他从不为了钱财而说吉利话,他有自己的原则,他从事的是某种科学。他的客人遍布广州到沈阳,一些 人专程赶来,一些人邀请他远游去看风水。夜色中,他的话飘乎不定。除去我的命运,我们还谈了别的。他说毛主席精通奇门遁甲,全因此,他才逃过第五次反围 剿,他还说黄公望的卦术惊人——我想起来了,在漫长的一生中,黄公望的确常靠算卦为生,不知他说了多少的谎话、做了多少人生的预测,是不是对人情变故的了 解,让他画出了那缥缈的山水。

即使我对算命先生的博学做了足够的预期,也没想到他这样说起郁达夫,这个至少和黄公望同样著名的同乡——“他是个下流派作家”。

九十年前,他的确被很多人这样辱骂过。那个中国,仍旧在争辩寡妇是否要守节,要不要接受包办的婚姻,但郁达夫却那么赤裸裸地表达出自己的欲望,他渴 望丰满的肉体、性的欢乐,他在乎个人感受与欲望,远甚于民族与时代的困境。他触动了年轻人的心,或许是错误的触动了,还因为他把个人的压抑与时代的压抑, 联系到了一起,他在偷看日本女人洗澡时,却愤恨地喊出了“祖国呀,你怎么不早日强大起来”。但他所有的欲望,却又同时被他包裹在矜持、简约的文字风格里, 他永远的天真则让所有欲望都显得并不恼人。

我该怎么反驳他呢?还是,由他去吧,下流派作家与奇门遁甲的毛泽东,是他愿意相信的世界。

我和同伴去富春江畔,说服一对渔家夫妇载我们在黑乎乎的江面上游荡一周。自由、率性的水边生活早没有了,如果被警察碰到,这算是违法的营生。我真爱 这江面,宽阔、平静、迷濛,一如它的名字,富有春意。可惜,江岸边都是林立的高楼,霓虹灯牌闪烁不停,江南从来是富庶之地,也像一百年前一样,上海仍牢牢 吸引着这里年轻人。富庶里却缺了些什么,街头的少年人,依旧嬉闹,玩弄着手中的iPhone。他们很难知“压抑”与“羞涩”的滋味,他们在马路的一家接一 家店铺的明亮灯光下成长,随时把自己的小小的焦虑与思念发给同伴,寻求即刻的慰籍。

富春江的魅力也不如前了,黄公望、严子陵的故事,还有多少人谈起。在夜色江旁的招牌中,最明亮的一个叫“塞纳河咖啡”……

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5 May, 2012 @ 18:32Current Revision
Title
-富春江与塞纳河 - Fuchun river scene - Francais +富春江与塞纳河 - Scenes de la riviere Fuchun - Francais
Content
-“你姓赵吗?”我问。她二十岁出头的样子,一张白净的瓜子脸,上面有几粒淡淡的雀斑。 
-她笑了,她真聪明,立刻明白我的玩笑之语。我们站在这个安静的院落里。正是夏日的午后,整个小城都在昏睡,空气潮湿而慵懒。院落还有那座二层木制的 小楼,曾是郁达夫的故居。它也是富阳县城仅存的几座老房子。在九十年代末的城市改造浪潮里,灰砖、吊梁、天井、窄巷的旧痕迹被铲平了,取而代之的水泥、马 塞克、蓝色有机玻璃的楼房与马路。这刻意保存下的故居,也不是往日的模样,它修缮一新,漆色浓酽,它也是游人必经之地。 
-房间里悬挂了郁达夫的画像,他与兄弟们的合影,玻璃橱窗里陈列着他各种版本的书籍,与鲁迅的通信,他临死前的照片,苍老、颓废,唇上是浓密的胡须。 我还意外发现一张烈士证书,由民政部在一九八三年颁发——“郁达夫同志在抗日战争中壮烈牺牲,经批准为革命烈士,特发此证,以兹褒扬”。 
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-郁达夫成为了一名同志吗?我知道他死于日本的枪下,那真是令人悲痛、惋惜的一刻。他从中国逃离到吉隆坡、新加坡,在苏门达腊落脚,最终却未逃劫难,东京早在一个月前宣布了投降。 
-他的死亡,即使加上三十年代的左联经历,他就可以被称作“同志”了吗?在我心中,他永远是那个感伤、浓烈、放纵、焦虑的浪荡子,酒气、精液、热血混杂一处。他沉浸在个人的希望与幻灭中,哪有兴致加入了一致的、集体的、分不出个人面貌的同志大合唱。 
-我还记得多年前读到《沉沦》的感受。它曾让我激动难耐,那里面有形态、色彩、味道,难以言传的诱惑。是不是我们都曾瘦弱矮小,都会羞涩无言,因为对 现实倍感无力,所以要在想象力与语言中自我放纵。女人的肉体与深情,是自我发现的最重要的途径。我没有到过冬夜的日本,却能想象一个中国留学生的落魄、哀 伤与愤怒,他满口酒气、涨红着脸,冲进妓馆,难言的兴奋与悔恨。我记得他对女人常用的形容——“高壮肥白的美妇”。 
-不过,在钟爱上“高壮肥白的美妇”前,他的情窦是由一位纤弱的少女打开的。那是晚清崩溃前的富阳城。十四岁的郁达夫还前额剃光、脑后留着辫子,不 过,他读的已是新式学堂。科举制度永久废除了,四书五经更丧失了魅力,洋学堂取代了私塾。而穿着黑斜纹布制服的学堂生,则变成了众人瞩目的中心。古老的中 国正进行着激烈的新陈代谢,她要抛掉旧时代,拥抱新世界,重新发现自己的身份。 
-在洋学堂里,郁达夫和同学们操着江南口音说英语,想知道有没有外国的《三字经》和《百家姓》,他们也开始谈论异性。县城里三位美丽、时髦的少女,让 所有的男孩子痴迷,她们家境富有,穿梭在县城与上海之间,带来了新世界的时髦,是新女性的象征。郁达夫致命地迷上了其中的赵家小姐,她“皮色实在细白不 过,脸型是瓜子脸”,性格开朗可人,拖一条长长的辫子。 
-两年里,她令郁达夫着迷不已,只要一想起她都不免头昏眼热。他为羞涩、自卑所困,这压抑了也催生了更多欲望。 
-直到学堂结业,要前往杭州求学前,少年人才有机会抒发自己。一个冬日的夜晚,接着送别会上的酒劲,他又来到赵家,只她一人,在一盏洋灯前练字。他走 到她身后,吹灭了灯。“月光如潮水似地浸满了这一座朝南向的大厅,她于一声高叫之后,马上就把头朝了转来”,将近三十年后,郁达夫写道,“我在月光里看了 他那张大理石似的嫩脸,和黑水晶似的眼睛,觉得怎样也熬不住了,顺势就伸出了两只手去,捏住了她的手臂。”两个人就在月光下,一言不发,看看彼此,看看月 亮,直到她的母亲归来,方打破这奇特、深沉而陶醉的感觉。 
-自从中学时读到这篇《水样的春愁》的回忆,赵家小姐就留在我心里。如今,我到了郁达夫的故居,看到了他写了又写的富春江,只要沿江走上五分钟,就到了当年的新学堂旧址,它已改成了一所小学。赵家小姐的大厅在哪里,赵小姐魂归了何方? 
-可惜院落里的瓜子脸姑娘不姓赵,大学毕业后,她分配到文化局,郁达夫故居是她的工作范围。不过,她熟悉这段往事。“应该在不远的地方吧,可惜老房子都拆了”,她说话时也带着微笑。可惜。我不知道她的故事,她被谁等待。 
 +« Vous vous appelez, Zhao ? » lui demandai-je. Elle avait tout juste vingt ans, un visage ovale, pâle, parsemé de taches de rousseur claires.
 +Elle rit.
 +Elle était vraiment futée et avait immédiatement saisit l’allusion. Nous étions debout dans cette cour tranquille. Cet après-midi-là, nous étions en été, toute la ville était assoupie, l’air était humide et invitait à la paresse. Dans la cour se trouvait un petit bâtiment en bois de deux étages, l’ancienne résidence de Yu Dafu. C’est aussi le seul vieil immeuble qui subsiste dans le comté de Fuyang.
 +Durant les années 1990 sévit une vague de rénovations urbaine. Toute trace de brique grise, de poutre pendante, de cours et ruelles étroites fut effacée pour faire place à des immeubles de béton recouverts de carrelage ou de plexiglas bleu ainsi qu’à de larges avenues. Cette maison d’autrefois avait été délibérément préservée et rénovée. Ne conservant rien de son ancienne apparence, elle avait été repeinte avec des couleurs vives. Elle constitue un attrait incontournable pour tout visiteur.
 +&nbsp;
 +Un portrait de Yu Dafu trône dans la pièce, une photo sur laquelle il pose avec son frère. Dans une vitrine sont exposées diverses versions de son livre, sa correspondance avec Lu Xun, et une photo prise avant sa mort, le montrant vieux, émacié, une barbe touffue autour des lèvres. Je fus étonné de découvrir un certificat officiel de martyr délivré, en 1983, par le Ministre des Affaires Civiles mentionnant « Le sacrifice héroïque du camarade Yu Dafu durant la guerre contre le Japon a été élevé au titre de martyr révolutionnaire. Cette distinction lui a été délivrée en guise d’éloge. »
 +Ainsi Yu Dafu était-il devenu un camarade. Je savais qu’il était mort sous les tirs japonais : il s’agissait d’un événement triste et désolant, certes. Il avait fui la Chine pour Kuala Lumpur puis Singapour, et enfin s’était installé à Sumatra mais, finalement, il n’avait pu échapper à la catastrophe, un mois avant la reddition de Tokyo.
 +&nbsp;
 +Même si l’on devait tenir compte de sa participation aux groupes de gauche dans les années trente, cela suffisait-il à le nommer « camarade » ? Dans mon esprit, il demeurerait toujours cet individu   sentimental, fort, décadent, libertin, en résumé, un mélange d’alcool, de sperme et de sang. Il s’est laissé submerger par ses propres espoirs puis désillusions pour lesquels il trouva sans doute un avantage certain à se joindre au chœur collectif des camarades, une appartenance qui ne saurait admettre que l’on qualifie l’un de ses membres d’individualiste.
 +&nbsp;
 +Je me souviens d’avoir lu, il y a quelques années, quelque chose à propos de son sentiment d’être angoissé. Cela m’avait horriblement enthousiasmé, il avait une forme, une couleur, un goût, une tentation difficile à expliquer.
 +Est-ce parce que, en réalité, nous avions l’habitude d’être faibles et petits, timides et silencieux, avec une sensation d’impuissance, que nous avions besoin de devenir plus hédonistes dans notre imagination et notre façon de parler ?
 +La présence physique et l’affection d’une femme constitue le moyen le  plus important d’accéder à la découverte de soi.
 +Je ne me suis jamais rendu au Japon une nuit d’hiver mais je peux me représenter les doutes, les chagrins et la colère d’un étudiant Chinois expatrié, sa tristesse et sa colère, son souffle exhalant l’alcool, son visage rougeot, entrant dans une maison-close, porté par une excitation inénarrable et rongé de remords.
 +Je me souviens de quelle façon Yu Dafu parlait des femmes : « Grandes, fortes, dodues et avec de belles proportions ».
 +Toutefois, avant que je tombe amoureux d’une telle femme, j’étais introduit dans la chambre d’amour de Yu Dafu par une jeune fille délicate.
 +L’histoire se déroulait dans la ville de Fuyang, avant l’effondrement de la Dynastie Qing. A l’âge de quatorze ans,  Yu Dafu avait la tête rasée à l’exception d’une longue natte qui lui pendait au bas du dos mais il travaillait la lecture dans la nouvelle école. Le système d’enseignement impérial avait été entièrement aboli, les Chinois avaient perdu leurs écoles traditionnelles et les établissements privés avaient été remplacés par des écoles étrangères délivrant un enseignement de type occidental. Les élèves revêtaient des uniformes de tissu noir qui étaient devenus LE centre d’intérêt. La Chine ancienne connaissait une grande révolution, le pays avait besoin de se débarrasser des vieilles générations pour adopter un nouveau monde, découvrant ainsi son identité une nouvelle fois.
 +&nbsp;
 +Dans les écoles étrangères, Yu Dafu et ses camarades de classe parlaient anglais avec l’accent Jiangnan. Ils voulaient savoir si les étrangers aussi avaient un « Classique des trois caractères » ou un « Livre des cent noms de famille » ; ils commencèrent également à s’intéresser au sexe opposé, à en parler. Dans le comté, il y avait trois magnifiques jeunes filles à la mode dont tous les garçons étaient amoureux. Leurs familles s’étaient enrichies et elles partageaient leur temps entre Shangai et la campagne, rapportant les effets à la mode d’un monde nouveau, devenant de la sorte les symboles de la femme moderne.
 +Yu Dafu tomba raide dingue (amoureux fou) d’une des filles de la famille Zhao. Sa peau était d’un blanc parfaitement pur et son visage ressemblait à une graine de melon, lumineux et agréable. Ses longs cheveux tressés étaient retenus par un ruban.
 +Durant deux années, mademoiselle Zhao captiva Yu Dafu, lui faisant perdre la tête chaque fois qu’il pensait à elle. Sa timidité et sa modestie le bouleversaient augmentant le désir qu’il avait d’elle.
 +&nbsp;
 +Seuls les jeunes étaient admis dans cette école jusqu’à l’obtention de leur diplôme. Ensuite, ils étaient obligés de s’en aller loin, à Hangzhou, pour poursuivre leurs études. Alors, avant de partir, par une nuit hivernale, enhardi par l’alcool qu’il avait bu pendant la soirée d’adieux, Yu Dafu s’introduisit dans la résidence de la famille Zhao. Celle qui faisait battre son coeur était seule à la maison, s’entraînant à la calligraphie à la lueur d’une lampe à huile. Il s’avança derrière elle et souffla la flamme. « Telle une marée, la lumière de la lune se répandit dans l’entrée plein sud, et terrifiée, la jeune fille tourna la tête ». Voici ce qu’écrivit Yu Dafu une trentaine d’années après qu’eut lieu cette scène : « Je fixais son visage couleur d’amande foncée et ses yeux noirs luisant comme du cristal dans la lumière lunaire et,  dans un emportement que je n’aurais pu retenir plus longtemps, je tendis les bras et la maintins par les épaules. » « Nous basculâmes tous les deux dans les rayons de la lune, dans le silence absolu, nous regardant tantôt l’un l’autre, observant tantôt la lune, jusqu’à ce que sa mère rentre à la maison, rompant ce sentiment unique de profonde symbiose. »
 +&nbsp;
 +J’avais mémorisé ce passage depuis que j’avais lu « Sui Yang’s Autumn Worries », au milieu de ma scolarité. Mlle Zhao était restée gravée dans mon cœur. Aujourd’hui, je venais visiter cette ancienne demeure de Yu Dafu et lire « Fuchun River », l’article qu’il avait écrit et continuellement re-écrit.
 +Marchez le long de la rivière Fuchun durant cinq minutes et vous repèrerez l’endroit où était édifiée l’école de cette époque qu’il évoque et qui, aujourd’hui, est devenue une école primaire. Où se trouve le hall d’entrée de la résidence de Mlle Zhao et vers quel lieu s’en est allée son âme ?
 +&nbsp;
 +Malheureusement, le visage couleur d’amande foncée de la jeune dame dans la cour n’appartient pas à Mlle Zhao. Après avoir obtenu son diplôme universitaire, elle a été assignée au Département des Affaires Culturelles et l’ancienne résidence de Yu Dafu fait partie de son emploi. Quoi qu’il en soit, elle a un air de famille avec cette histoire. « Cela n’est pourtant pas être tellement loin, mais malheureusement la vieille bâtisse tombait en ruine. », dit-elle avec un sourire.
 +C’est dommage. Je ne sais rien de son histoire. Qui l’attend, elle ?
 +&nbsp;
-<strong></strong> +<strong>Deuxième partie</strong>
-“噢,郁达夫,我知道。” 在夜晚的恩波桥旁,算命师傅认真地说。 
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-他穿中式的对襟褂,脸颊凹陷,鼻梁上架一副金边眼镜,眼睛小而窄。语速奇快,成串涌出的富阳话,让我似懂非洞。我们围坐在矮凳前,我的左手摊在他的 眼前,他用扇子指着掌心的纹路,提醒我“命犯桃花”,明年冲太岁,务必不能向东行……我将信将疑,却也不知道怎么确认,或是反驳。 
-他说这算命的手艺是外公传来的,他已练习了二十年,他从不为了钱财而说吉利话,他有自己的原则,他从事的是某种科学。他的客人遍布广州到沈阳,一些 人专程赶来,一些人邀请他远游去看风水。夜色中,他的话飘乎不定。除去我的命运,我们还谈了别的。他说毛主席精通奇门遁甲,全因此,他才逃过第五次反围 剿,他还说黄公望的卦术惊人——我想起来了,在漫长的一生中,黄公望的确常靠算卦为生,不知他说了多少的谎话、做了多少人生的预测,是不是对人情变故的了 解,让他画出了那缥缈的山水。 
-即使我对算命先生的博学做了足够的预期,也没想到他这样说起郁达夫,这个至少和黄公望同样著名的同乡——“他是个下流派作家”。 
-九十年前,他的确被很多人这样辱骂过。那个中国,仍旧在争辩寡妇是否要守节,要不要接受包办的婚姻,但郁达夫却那么赤裸裸地表达出自己的欲望,他渴 望丰满的肉体、性的欢乐,他在乎个人感受与欲望,远甚于民族与时代的困境。他触动了年轻人的心,或许是错误的触动了,还因为他把个人的压抑与时代的压抑, 联系到了一起,他在偷看日本女人洗澡时,却愤恨地喊出了“祖国呀,你怎么不早日强大起来”。但他所有的欲望,却又同时被他包裹在矜持、简约的文字风格里, 他永远的天真则让所有欲望都显得并不恼人。 
-我该怎么反驳他呢?还是,由他去吧,下流派作家与奇门遁甲的毛泽东,是他愿意相信的世界。 
-我和同伴去富春江畔,说服一对渔家夫妇载我们在黑乎乎的江面上游荡一周。自由、率性的水边生活早没有了,如果被警察碰到,这算是违法的营生。我真爱 这江面,宽阔、平静、迷濛,一如它的名字,富有春意。可惜,江岸边都是林立的高楼,霓虹灯牌闪烁不停,江南从来是富庶之地,也像一百年前一样,上海仍牢牢 吸引着这里年轻人。富庶里却缺了些什么,街头的少年人,依旧嬉闹,玩弄着手中的iPhone。他们很难知“压抑”与“羞涩”的滋味,他们在马路的一家接一 家店铺的明亮灯光下成长,随时把自己的小小的焦虑与思念发给同伴,寻求即刻的慰籍。 
-富春江的魅力也不如前了,黄公望、严子陵的故事,还有多少人谈起。在夜色江旁的招牌中,最明亮的一个叫“塞纳河咖啡”…… 
 +« Oh, Yu Dafu, je le connais », s’exclama sérieusement le diseur de bonne aventure à côté du pont Emporia.
 +Il était vêtu d’un costume de style traditionnel chinois constitué d’une chemise et d’un gilet ; il avait les joues creuses, portait sur le nez des lunettes à monture couleur or qui recouvraient de petits yeux étirés. Le « médium » s’exprimait dans un dialecte Fuyang alignant des chapelets de mots avec une rapidité tellement surprenante que je peinais à suivre son discours. Nous nous assîmes autour d’un tabouret bas, ma main gauche étendue sous ses yeux. Il se saisit d’un éventail pliant et désigna les lignes de ma main, me rappelant que j’étais populaire chez les personnes du sexe opposé, et que la prochaine année serait celle du conflit entre mon signe zodiacal et Tai Sui et me mit en garde contre les voyages à l’Est. Je suis encore sceptique quant à la pertinence de son avertissement.
 +Il me confia que cette aptitude qu’il avait de voir l’avenir lui venait de son grand-père et qu’il la pratiquait depuis vingt ans. Il ne voulut pas me dire si je bénéficierais d’opportunités favorables relativement à l’argent, ayant ses propres principes et s’étant engagé dans une sorte de recherche scientifique. Ses clients parcouraient de longues distances pour le consulter ; ils venaient d’aussi loin que Guangzhou ou Shenyang. Certains faisaient ce déplacement uniquement pour le voir tandis que d’autres l’invitaient dans des contrées lointaines pour s’initier au feng sui. Dans la nuit, ses mots flottaient indéfiniment. De fil en aiguille, nous parlâmes d’autres choses. Il dit que la seule raison par laquelle Mao avait pu échapper au cinquième coup d’Etat c’était parce qu’il était compétent en Qi Men Dun Jia (l’art de se rendre invisible) et il ajouta également que les aptitudes aux prédictions de Huang GongWang étaient étonnantes. Je répliquai que, nonobstant la vie de Huang GongWang, il avait souvent eu recours aux diseurs de bonne aventure en tant que mode de vie, je me demandais combien de mensonges il avait dits, combien de prédictions il avait faites et s’il avait compris qu’une des constantes de l’être humain réside dans le caractère imprévisible de ce qui lui arrive, si cela lui avait permis de dessiner ces paysages éthérés, flous.
 +&nbsp;
 +Bien que je me sois suffisamment bien préparé pour anticiper en quoi consistaient les vastes connaissances de ce cartomancien, je n’aurais jamais imaginé qu’il parlerait de Yu Dafu de cette manière, un concitoyen, originaire de la même ville et, pour finir, aussi célèbre que Huang GongWang, Yu Dafu –« Il fut une sorte d’écrivain obscène, indécent ».
 +&nbsp;
 +Quatre-vingt-dix ans plus tôt, Yu Dafu fut effectivement injurié par plusieurs personnes. La Chine de cette époque débattait encore au sujet de la légitimité, pour une veuve, de rester chaste après le décès de son mari, de ne pas se remarier ou si elle pouvait accepter un mariage arrangé. Cependant, Yu Dafu exprimait ses désirs de façon tellement crue, il était tellement irrésistiblement attiré par les femmes plantureuses, cherchant à mener une vie de plaisirs n’étant concerné que par ses envies et désirs personnels quoi qu’il puisse arriver à la nation et malgré la situation désespérée de son époque. Ses idées touchaient le cœur des jeunes gens, peut-être ont-elles eu un effet négatif, mais peut-être était-ce aussi en raison de ses implications personnelles dans la répression – une fois, alors qu’il épiait une femme japonaise qui prenait son bain, il cria, furibond : « Oh, mère-patrie, pourquoi n’es-tu pas devenue plus forte plus tôt ». Pourtant, au même moment, ses désirs étaient réservés, son style d’écriture minimaliste, sa naïveté sans borne faisait que ses désirs étaient provocants.
 +&nbsp;
 +Quels arguments aurais-je pu opposer au diseur de bonne aventure ? M’était-il permis toutefois de le laisser continuer à croire dans ce monde en lequel il croyait, un écrivain obscène et le Président Mao capable de se rendre invisible ?
 +&nbsp;
 +Mon compagnon et moi nous rendîmes à la rivière Fuchun où nous convainquîmes un couple de pêcheurs de nous embarquer pendant une semaine, vadrouillant sur toute la surface sombre du lac. La vie au bord de l’eau, libre, honnête est révolue et s’ils avaient été attrapés par la police, il leur aurait été reproché de vivre dans l’illégalité. J’ai vraiment apprécié cette rivière : spacieuse, calme, embrumée, exactement comme son nom l’indique, le printemps riche. Malheureusement, de hauts immeubles et des néons lumineux allumés jour et nuit jalonnent à présent ses rives. Jiang Nan a toujours eu, au Sud, une place riche et populaire ce qui est le cas maintenant tout comme il y a un siècle. Shangai est toujours un pôle d’attraction pour la jeunesse chinoise. Il a toujours manqué quelque chose à cet endroit, à la fois riche et populaire, les jeunes dans la rue étaient comme chaque jour à pianoter sur leurs iPhones avec vivacité. Il est difficile pour eux de comprendre les sentiments de « refoulement » ou de « timidité » car ils sont nés et ont grandi sous les enseignes lumineuses des magasins qui envahissent les rues. Comme le temps passe, ainsi passent leurs légères anxiétés ; ils jalousent leurs compagnons à la recherche du confort immédiat.
 +&nbsp;
 +Le charme de la rivière Fuchun n’est plus, non plus, le même qu’autrefois. Combien de personnes apprécieraient encore d’entendre raconter l’histoire de Huang GongWang et Yan Ziling aujourd’hui ?
 +Dans la nuit, scintillent les mots du panneau d’affichage lumineux planté au bord de la rivière : « Café du fleuve Seine »…

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About julien.leyre

French-Australian writer, educator, sinophile. Any question? Contact julien@marcopoloproject.org